Ils l'ont dit chez Nopopol · verbatim croisés

IA : menace pour l'emploi ou levier pour l'État ? Cinq invités, cinq réponses

Par Thierry Coiffier · · 6 min de lecture

C'est la question que notre « assistant » pose, d'une manière ou d'une autre, à chaque invité·e : que faire de l'intelligence artificielle ? Destructions d'emplois, régulation, souveraineté, modernisation de l'État — cinq réponses recueillies au fil de nos entretiens, du député insoumis qui veut faire cotiser les machines à l'ancien conseiller ministériel qui rêve d'un « jumeau numérique » de l'État. Verbatim croisés, en contexte — sans prendre parti.

Faire cotiser les machines — Carlos Martens Bilongo

Le député du Val-d'Oise (La France insoumise) part des suppressions de postes annoncées au nom de l'IA — les ordres de grandeur qu'il citait en entretien sont exacts (HP : 4 000 à 6 000 postes d'ici 2028 ; ABN Amro : 5 200) — et en tire une proposition de financement du modèle social.

« Une caisse automatique qui remplace une caissière ne cotise pas pour la retraite. Dès lors qu'un poste est remplacé ou transformé par l'IA, il faut une contribution au modèle social. » — Carlos Martens Bilongo · relire son entretien

« Avec nous ou contre nous » — Prisca Thevenot

La députée des Hauts-de-Seine refuse le fatalisme du « grand remplacement technologique », tout en reconnaissant des destructions de postes : elle citait l'étude Coface / Observatoire des emplois menacés et émergents évaluant à environ 5 millions le nombre d'emplois français exposés à l'automatisation d'ici la fin de la décennie.

« Cette révolution, elle se fera avec nous ou contre nous. (…) On ne remplacera pas l'humain. L'humain restera toujours au cœur des choses. » — Prisca Thevenot · relire son entretien

Réguler sans freiner — Marie-Pierre Vedrenne

La ministre déléguée à la citoyenneté place le curseur au niveau européen, dans le prolongement du règlement sur l'IA (« AI Act ») adopté en 2024, et alerte sur la fracture entre ceux qui maîtrisent ces outils et les autres.

« Notre rôle, ce n'est pas de freiner l'innovation, mais de réguler — comme on l'a fait dans la finance. Et ce combat doit être mené à l'échelle européenne. » — Marie-Pierre Vedrenne · relire son entretien

Un « jumeau numérique » de l'État — Clément Tonon

Le conseiller d'Édouard Philippe voit dans l'IA moins une menace qu'un instrument de pilotage public : centraliser la donnée publique pour éclairer la décision politique — l'humain décidant toujours en dernier ressort.

« Si demain on arrivait à centraliser un tableau de bord de toute la donnée publique et qu'avec l'IA on arrivait à faire ce qu'on appelle un jumeau numérique [...], le politique aurait à sa disposition — ce ne serait pas l'IA qui prendrait la décision — une aide à la décision absolument remarquable. » — Clément Tonon · relire son entretien

La souveraineté d'abord — Amélia Lakrafi

L'entrepreneure en cybersécurité devenue députée des Français de l'étranger déplace le débat vers la dépendance technologique : pour elle, le danger n'est pas l'IA en soi, mais qui la maîtrise. Elle plaide pour orienter la commande publique vers les technologies françaises et européennes — et pour former les élèves à l'IA plutôt que de l'interdire à l'école.

« Il faut arrêter d'avoir honte de la préférence nationale. Je veux qu'on pousse la commande publique sur des technos françaises — et il y en a tellement. » — Amélia Lakrafi · relire son entretien

Ce qui les sépare — et ce qui les rassemble

Aucun de nos invités ne conteste l'ampleur de la vague : les désaccords portent sur la réponse. Faut-il taxer la machine qui remplace l'humain (Bilongo), accompagner la transition en pariant sur la complémentarité (Thevenot), réguler par le droit européen (Vedrenne), équiper l'État lui-même (Tonon) ou sécuriser d'abord la souveraineté technologique (Lakrafi) ? Quatre logiques — redistribution, accompagnement, régulation, puissance — qui recoupent largement les familles politiques de leurs auteurs, avec un point de convergence notable : personne, chez Nopopol, n'a défendu le laisser-faire.

Le débat de fond : l'ampleur exacte des destructions d'emplois liées à l'IA divise les chercheurs — certains y voient une automatisation destructrice mais aussi créatrice d'emplois, d'autres soulignent que cette vague touche pour la première fois des emplois qualifiés et bien rémunérés, rendant les comparaisons historiques incertaines. La proposition de « faire cotiser les robots », déjà débattue en Europe, pose quant à elle une difficulté pratique jamais tranchée : comment définir juridiquement le « poste remplacé par une machine » ?

Toutes les interviews sont sur la chaîne YouTube :

▶ Voir les entretiens Nopopol

Sources

· Étude Coface / Observatoire des emplois menacés et émergents (≈ 5 millions d'emplois exposés à l'IA) : coface.fr.
· Règlement européen sur l'intelligence artificielle (« AI Act »), adopté en 2024.
· Verbatim des invités : entretiens Nopopol avec Carlos Martens Bilongo, Prisca Thevenot, Marie-Pierre Vedrenne, Clément Tonon et Amélia Lakrafi — citations issues des interviews publiées sur la chaîne YouTube Nopopol.

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