Nopopol a reçu Prisca Thevenot, députée des Hauts-de-Seine, ancienne porte-parole du gouvernement et ministre déléguée au Renouveau démocratique (gouvernement Attal, janvier-juillet 2024), qui soutient la candidature de Gabriel Attal à la présidentielle. Immigration, école, pouvoir d'achat, intelligence artificielle, écologie, justice des mineurs et santé des femmes : tour d'horizon de ses propositions, citations à l'appui, remises en contexte et confrontées au débat — sans prendre parti.
Immigration : « la regarder par le prisme du travail »
Prisca Thevenot revendique le droit de « parler d'immigration » sans que le sujet soit, selon elle, réservé à un camp politique. Avec Gabriel Attal, elle propose de recentrer la politique migratoire sur l'enjeu du travail, et de durcir le regroupement familial : la durée de résidence minimale actuellement exigée du demandeur est de 18 mois (12 mois pour les ressortissants algériens) ; elle propose de l'allonger et de resserrer les conditions imposées au conjoint.
Sur les quotas migratoires débattus chaque année au Parlement — une mesure de la loi immigration censurée par le Conseil constitutionnel le 25 janvier 2024, qui a jugé qu'aucune règle constitutionnelle n'imposait au Parlement d'organiser un tel débat annuel chiffré — elle confirme qu'une réforme constitutionnelle serait nécessaire pour la faire adopter, et rappelle que Gabriel Attal l'assume : une fois élu, il engagerait si besoin une révision de la Constitution.
École : autorité, grille de sanctions et groupes de niveau
Priorité affichée : restaurer « l'autorité du savoir », détenue selon elle par les enseignants, et non par les familles. Elle propose une grille nationale de sanctions, commune à tous les établissements, ainsi que des internats sur la base du volontariat pour les élèves dont les parents ont des horaires de travail incompatibles avec un suivi scolaire régulier.
Elle défend aussi la reconduction des groupes de niveau en mathématiques et français en 6e-5e, abandonnés par l'actuel ministre de l'Éducation nationale, Édouard Geffray. Sur les salaires enseignants, elle cite des chiffres de l'OCDE : selon le rapport Regards sur l'éducation 2025, un professeur de collège français ayant 15 ans d'ancienneté touche environ 53 086 dollars par an (PPA), contre une moyenne OCDE de 61 563 dollars — des chiffres très proches de ceux qu'elle cite à l'oral (53 100 $ et 61 560 $).
Pouvoir d'achat : rapprocher le net du brut, sans hausse de TVA
Reprenant la formule de Gabriel Attal sur le « choc des salaires », elle défend une baisse des cotisations salariales pour rapprocher le salaire net du salaire brut. Interrogée sur une éventuelle hausse de la TVA en contrepartie — une piste évoquée par un député de son propre camp — elle la rejette explicitement, tout comme toute nouvelle hausse d'impôt.
Pour financer la baisse des cotisations retraite, elle plaide pour une sortie progressive du système par répartition au profit de la capitalisation — sans détailler de calendrier ni de mesure chiffrée de compensation.
Intelligence artificielle : « ça se fera avec nous ou contre nous »
Sur l'emploi, elle réfute l'idée d'un remplacement pur et simple de l'humain, tout en reconnaissant des destructions de postes. Elle cite une étude relayée par Le Monde, menée par Coface et l'Observatoire des emplois menacés et émergents, qui évalue à environ 5 millions le nombre d'emplois français exposés à l'automatisation par l'IA d'ici la fin de la décennie, ainsi qu'un chiffre de l'OCDE selon lequel environ 27 % des emplois français présentent un risque élevé d'automatisation.
Elle avance par ailleurs que si les gains de productivité des révolutions technologiques passées avaient été mieux redistribués, le salaire médian en France ne serait pas de 2 200 € mais de 3 300 € — un chiffre qui reflète bien l'ordre de grandeur du salaire médian actuel (2 190 € net mensuel dans le privé, INSEE, données 2024), mais dont la seconde partie (les 3 300 €) relève de sa propre extrapolation et n'est adossée à aucune étude citée en entretien ; il s'agit donc d'une hypothèse personnelle, à traiter comme telle.
Écologie : « ni décroissance, ni négation »
Elle revendique une écologie qui refuse à la fois la décroissance et le déni du changement climatique, et cite en exemple la loi sur le cadmium dans les engrais, adoptée le 3 juin 2026 par l'Assemblée nationale (144 voix pour, 22 contre — un vote qu'elle qualifie de « quasi-unanime » hors extrême droite et une partie de la droite conservatrice, ce que confirment les chiffres : les 22 votes contre viennent essentiellement du Rassemblement national). Sur la pause du plan Écophyto décidée par Gabriel Attal, alors Premier ministre, en février 2024 face à la colère agricole, elle la présente comme une mesure de méthode et non un recul.
Justice des mineurs : « l'exception, plus la règle »
Au lendemain de violences en marge d'un sacre du PSG, elle défend le durcissement porté par Gabriel Attal de l'excuse de minorité, qui atténue la responsabilité pénale des mineurs. Elle ne propose pas de la supprimer, mais d'inverser le rapport règle/exception — quitte, là aussi, à passer par une réforme constitutionnelle en cas de blocage.
L'entretien a également abordé la santé des femmes — sujet qu'elle porte personnellement, avec un appel à réinvestir la recherche médicale sur des corps féminins et à lever le tabou autour de pathologies comme l'endométriose ou le syndrome des ovaires polykystiques (SOPK), les maladies cardio-vasculaires restant la première cause de mortalité chez les femmes en France selon Santé publique France. À retrouver dans la vidéo intégrale.
Voir l'entretien sur la chaîne YouTube :
▶ Voir l'interview de Prisca ThevenotSources
· Décision du Conseil constitutionnel n° 2023-863 DC du 25 janvier 2024 (censure des quotas migratoires) : conseil-constitutionnel.fr.
· Durée de résidence requise pour le regroupement familial (18 mois, 12 mois pour les ressortissants algériens) : service-public.gouv.fr.
· Salaires enseignants (collège, 15 ans d'ancienneté, France vs moyenne OCDE) : OCDE, Regards sur l'éducation 2025 — note France.
· Dette publique française (115,6 % du PIB fin 2025) : INSEE, comptes nationaux.
· Salaire médian net (2 190 €/mois, secteur privé 2024) : INSEE, France portrait social.
· Étude Coface / Observatoire des emplois menacés et émergents (≈5 millions d'emplois exposés à l'IA) : coface.fr.
· OCDE, Perspectives de l'emploi 2025 (≈27 % des emplois français à risque élevé d'automatisation) : oecd.org.
· Adoption de la loi sur le cadmium dans les engrais (3 juin 2026, 144 voix pour, 22 contre) : assemblee-nationale.fr ; franceinfo.fr.
· Pause du plan Écophyto (février 2024) : franceinfo.fr.
· Maladies cardio-vasculaires, première cause de mortalité chez les femmes en France : Santé publique France.
· Biographie et fonctions de Prisca Thevenot (députée des Hauts-de-Seine, ex porte-parole du gouvernement) : assemblee-nationale.fr.
