Nopopol a reçu Carlos Martens Bilongo, député du Val-d'Oise et membre de La France insoumise. Né et élu à Villiers-le-Bel, ancien enseignant en lycée hôtelier, il défend une ligne de gauche radicale : refus de rembourser la dette, justice fiscale ciblée sur les ultra-riches, retraite à 60 ans, décroissance. Ses propositions, citations à l'appui, remises en contexte et confrontées au débat — sans prendre parti.
La dette : « je ne suis pas pour la rembourser »
Premier marqueur de l'entretien : Carlos Martens Bilongo assume ne pas vouloir rembourser la dette publique, qu'il renvoie à la responsabilité des gouvernants plutôt qu'à celle des Français. Le chiffre qu'il cite est exact : fin septembre 2025, la dette publique atteignait 3 482,2 milliards d'euros, soit 117,4 % du PIB (INSEE) — un niveau record hors période de guerre. Elle est depuis légèrement redescendue à 115,6 % du PIB fin 2025.
Justice fiscale : taxer 1 800 foyers plutôt que d'augmenter la TVA
Sur le financement, sa ligne est claire : faire porter l'effort sur les plus hauts patrimoines, pas sur la consommation. Il défend l'idée d'un impôt plancher sur les ultra-riches — la « taxe Zucman », d'un minimum de 2 % sur les patrimoines supérieurs à 100 millions d'euros — et son chiffre est juste : elle concernerait environ 1 800 foyers fiscaux. Adoptée en première lecture à l'Assemblée le 20 février 2025, elle a été rejetée par le Sénat en juin 2025.
La retraite à 60 ans, « c'est tenable »
La France insoumise est aujourd'hui à peu près seule à défendre le retour de l'âge légal à 60 ans. Bilongo l'assume et le relie à l'emploi et au financement par la fiscalité des plus aisés.
Santé : déserts médicaux et fin du numerus clausus
Interrogé sur le sujet qui le touche le plus personnellement, le député cite la santé et la lutte contre le cancer — sa mère en est morte. Il dénonce les déserts médicaux et impute la pénurie de médecins au numerus clausus (instauré en 1971, supprimé et remplacé par un numerus apertus en 2020). Il pointe aussi le recours à des médecins étrangers moins bien payés que leurs collègues français.
IA et emploi : faire contribuer les machines
Sur l'intelligence artificielle, Bilongo s'appuie sur une enquête du Monde consacrée à la « job apocalypse ». Les ordres de grandeur qu'il cite sont exacts : HP prévoit de supprimer 4 000 à 6 000 postes d'ici 2028 en invoquant l'IA, la banque néerlandaise ABN Amro 5 200 postes sur la même échéance. Sa proposition : faire cotiser l'IA quand elle remplace un emploi.
Écologie : la décroissance contre le « capitalisme vert »
Bilongo rejette le « capitalisme vert », qu'il juge contradictoire dans les termes, et défend ouvertement la décroissance. Il rappelle que Yannick Jadot n'a réuni que 4,6 % des voix à la présidentielle de 2022. Sur l'automobile, il cite le recul européen sur la fin des moteurs thermiques : prévue pour 2035 par le règlement de l'UE, la mesure a été assouplie par la Commission en décembre 2025 sous la pression des industriels.
Médias et commission d'enquête : « le vrai sujet, c'est la concentration »
Sur l'audiovisuel public, Bilongo refuse le « procès d'intention » fait aux journalistes et déplace le débat vers la concentration des médias entre les mains de quelques milliardaires. Interrogé sur la commission d'enquête parlementaire visant des « tentatives d'entrisme islamiste », il en conteste la portée. De fait, la commission — lancée à l'initiative de Laurent Wauquiez, rapporteur Matthieu Bloch (UDR, le parti d'Éric Ciotti) — a rendu son rapport le 17 décembre 2025 sans établir de « liens structurés et démontrables » entre partis et mouvements islamistes, tout en mettant en cause une « stratégie électoraliste » de LFI.
L'entretien a aussi abordé une idée « pour changer la France » — la cantine et le petit-déjeuner gratuits dans les écoles, pour s'assurer qu'aucun enfant n'étudie le ventre vide — la défiance des Français envers le pouvoir (il attribue un 10/10 au « désamour » suscité par Emmanuel Macron, dont la cote de popularité est tombée à 17 % fin 2025 selon Elabe), et, geste transpartisan, la seule réforme du quinquennat qu'il salue : la fin du cumul des mandats. À retrouver dans la vidéo intégrale.
Voir l'entretien sur la chaîne YouTube :
▶ Voir l'interview de Carlos Martens BilongoSources
· Dette publique à 3 482,2 Md€ / 117,4 % du PIB fin du 3e trimestre 2025 : INSEE ; révision à 115,6 % fin 2025 : INSEE.
· Taxe Zucman (2 % sur les patrimoines > 100 M€, ≈ 1 800 foyers), adoptée à l'Assemblée le 20 février 2025 puis rejetée par le Sénat : Datan – Assemblée nationale ; franceinfo.
· Suppressions d'emplois liées à l'IA (HP : 4 000–6 000 postes d'ici 2028 ; ABN Amro : 5 200) : L'Usine Digitale.
· Yannick Jadot à 4,63 % au 1er tour de la présidentielle 2022 : franceinfo.
· Fin des voitures thermiques neuves en 2035 (règlement UE 2023/851) et assouplissement de décembre 2025 : Touteleurope.
· Commission d'enquête sur les liens entre partis et islamisme (rapporteur Matthieu Bloch, UDR ; rapport du 17 décembre 2025, sans « liens structurés et démontrables ») : LCP – Assemblée nationale.
· Cote de popularité d'Emmanuel Macron à 17 % fin 2025 : Elabe.
