Ils l'ont dit chez Nopopol · verbatim croisés

Écologie : croissance, décroissance ou revenu climat ? Quatre invités, quatre chemins

Par Thierry Coiffier · · 6 min de lecture

Tous nos invités disent prendre le défi climatique au sérieux. Mais dès qu'on passe aux solutions, les chemins divergent radicalement : renoncer à la croissance, ou au contraire en faire le moteur de la transition ? Taxer, redistribuer, ou refuser toute écologie « punitive » ? Quatre positions recueillies au fil de nos entretiens, du renoncement assumé à la croissance de Sandrine Rousseau au « Green Deal français » de Florence Portelli. Verbatim croisés, en contexte, sans prendre parti.

Renoncer à la croissance : Sandrine Rousseau

La députée écologiste défend la position la plus radicale entendue chez Nopopol : faire de la France le premier pays à sortir volontairement de l'objectif de croissance du PIB, jugé incompatible avec les limites écologiques.

« J'aimerais qu'on soit le premier pays à renoncer à la croissance économique. Le premier pays en Europe, et sans doute au monde, à expérimenter un pays sans croissance, mais un pays avec du bonheur, de la joie, vraiment une qualité de vie. » Sandrine Rousseau · relire son entretien

À ceux qui dénoncent une « écologie punitive », elle retourne l'argument :

« Ce qui est punitif, c'est ce qui arrive. Si vous avez 50 degrés dans votre appartement et que vous n'arrivez plus à y vivre, si vous ne pouvez plus assurer votre maison, si vous avez des inondations un an sur deux : ça, c'est très punitif. » Sandrine Rousseau

Une « écologie de droite », celle de la croissance : Florence Portelli

La vice-présidente des Républicains revendique exactement l'inverse : une écologie adossée à la réindustrialisation et au pouvoir d'achat, dans la lignée de la « croissance verte ».

« Une écologie de droite, c'est une écologie de la croissance, pas la décroissance des Verts. (…) L'écologie doit aussi tenir compte du pouvoir d'achat de nos concitoyens. » Florence Portelli · relire son entretien

« Ni décroissance, ni négation » : Prisca Thevenot

La députée des Hauts-de-Seine trace une voie médiane : refuser à la fois la décroissance et le déni climatique, avec une méthode revendiquée (« pas d'interdiction sans solution ») qu'elle illustrait par la loi sur le cadmium dans les engrais, adoptée en juin 2026.

« On ne choisit pas entre l'écologie et l'économie, on les fait avancer de pair. (…) Il n'a pas reculé, il a mis en place une mesure de bon sens : pas d'interdiction sans solution. » Prisca Thevenot · relire son entretien

Le « revenu climat universel » : Clément Tonon

L'ancien conseiller au ministère de la Transition écologique assume la fiscalité carbone, à une condition : la redistribuer intégralement aux Français. Et il propose une réforme institutionnelle radicale : fusionner écologie et économie dans un seul grand ministère, sur le modèle allemand.

« Ce revenu climat universel, c'est de dire : vous allez payer plus cher les activités polluantes, mais on ne va pas vous abandonner. On va prendre cette question de taxe carbone et essayer de vous la reverser, d'une manière ou d'une autre. » Clément Tonon · relire son entretien
« Le ministère de l'écologie doit disparaître dans sa forme actuelle. On devrait mettre le climat, la décarbonation, l'énergie au ministère de l'économie, pour faire un grand ministère de l'économie et du climat. C'est ce que font les Allemands. » Clément Tonon

Ce qui les sépare, et ce qui les rassemble

Le clivage central oppose deux paris : celui de la sobriété organisée (Rousseau), qui assume de réduire la consommation et de taxer les plus fortunés, et celui de la croissance verte (Portelli, Thevenot), qui mise sur l'innovation et l'industrie pour décarboner sans décroître. Entre les deux, la voie de Tonon (prix du carbone contre redistribution) emprunte aux économistes du climat une logique de marché corrigée par la justice sociale. D'autres invités ont enrichi ce spectre : Amélia Lakrafi plaide pour une écologie « pas punitive » misant massivement sur la recherche. Point commun de tous : le refus affiché de faire payer la transition aux plus modestes. C'est sur le « comment » que tout se joue.

Le débat de fond : le désaccord croissance verte / décroissance n'est pas tranché parmi les économistes. Les partisans de la première invoquent le découplage entre émissions et PIB observé dans plusieurs pays européens ; les seconds jugent ce découplage trop lent et partiel à l'échelle mondiale pour respecter les objectifs de l'accord de Paris. Quant au « revenu climat », l'expérience de la taxe carbone française, gelée après le mouvement des Gilets jaunes en 2018, illustre à la fois la sensibilité sociale du sujet et l'importance de la question redistributive.

Toutes les interviews sont sur la chaîne YouTube :

▶ Voir les entretiens Nopopol

Sources

· Verbatim des invités : entretiens Nopopol avec Sandrine Rousseau, Florence Portelli, Prisca Thevenot, Clément Tonon et Amélia Lakrafi : citations issues des interviews publiées sur la chaîne YouTube Nopopol.
· Adoption de la loi sur le cadmium dans les engrais (3 juin 2026, 144 voix pour, 22 contre) : assemblee-nationale.fr ; franceinfo.fr.
· Gel de la composante carbone après le mouvement social de l'automne 2018 : Cour des comptes, La place de la fiscalité de l'énergie dans la politique énergétique et climatique française (septembre 2024) : « suite au mouvement social de l'automne 2018 (…), le gouvernement a décidé de geler la composante carbone au niveau fixé pour l'année 2018, de 44,6 €/tCO2 » ccomptes.fr (PDF). Trajectoire initiale prévue par la loi de finances pour 2018 (de 44,60 € en 2018 à 86,20 € en 2022) : rapport du Sénat sur le PLF 2019 ; texte de référence : loi n° 2018-1317 du 28 décembre 2018 de finances pour 2019, Légifrance.
· Le débat croissance verte / décroissance et les autres éléments de contexte sont détaillés et sourcés dans les articles d'origine liés ci-dessus.

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