Interview · décryptage

Semaine de 4 jours, décroissance, taxe « Zucman » : les idées de Sandrine Rousseau au crible

Par Thierry Coiffier · · 5 min de lecture

Entretien diffusé sur la chaîne le 26 mars 2026 (version intégrale) · extrait publié le 5 mai 2026.

Nopopol a reçu Sandrine Rousseau, économiste de formation et députée de Paris (Les Écologistes). Réduction du temps de travail, décroissance, fiscalité des plus aisés : voici ses propositions, citations à l'appui, remises dans leur contexte et confrontées aux principaux arguments du débat — sans prendre parti.

La semaine de quatre jours

En France, la durée légale du travail est fixée à 35 heures par semaine depuis les lois Aubry (2000). L'idée d'une semaine de quatre jours, à salaire maintenu, fait l'objet d'expérimentations. Le plus large essai à ce jour a été mené au Royaume-Uni en 2022 par l'organisation 4 Day Week Global, avec les universités de Cambridge et Boston College : une soixantaine d'entreprises et près de 2 900 salariés, selon le modèle « 100-80-100 » (100 % du salaire pour 80 % du temps, en visant 100 % de la production). À l'issue, le chiffre d'affaires moyen est resté stable (+1,4 %), 71 % des salariés déclaraient moins d'épuisement, et la quasi-totalité des entreprises ont prolongé l'expérience.

« Moi, je pense qu'il faudrait qu'on travaille quatre jours par semaine maximum, sans diminution de salaire. Ça changerait véritablement notre rapport au temps. » — Sandrine Rousseau
Le débat : ses partisans y voient un gain de bien-être et, parfois, de productivité. Ses détracteurs soulignent que tous les secteurs (santé, industrie, services à la personne) ne s'y prêtent pas, et s'interrogent sur le coût et la compétitivité lorsque la rémunération est intégralement maintenue.

Renoncer à la croissance

La « décroissance » désigne un courant qui conteste l'objectif d'une croissance continue du PIB, jugée incompatible avec les limites écologiques. Elle s'oppose à la thèse de la « croissance verte », selon laquelle l'innovation et la transition technologique permettraient de réduire les émissions tout en maintenant l'activité. Le débat entre ces deux écoles n'est pas tranché parmi les économistes.

« J'aimerais qu'on soit le premier pays à renoncer à la croissance économique. Le premier pays en Europe, et sans doute au monde, à expérimenter un pays sans croissance — mais un pays avec du bonheur, de la joie, vraiment une qualité de vie. » — Sandrine Rousseau
Le débat : les critiques de la décroissance redoutent des effets sur l'emploi, le pouvoir d'achat et le financement des services publics, largement adossés à la croissance. Ses partisans répondent qu'il s'agit de redéfinir la prospérité au-delà du seul PIB.

Le « droit à la paresse » et l'« écologie punitive »

L'expression « droit à la paresse » renvoie à un essai de Paul Lafargue publié en 1880. Celle d'« écologie punitive » est employée par les détracteurs de mesures écologiques perçues comme des contraintes (taxes, restrictions) pesant surtout sur les ménages modestes et les territoires ruraux.

« Tout le monde est paresseux, c'est la nature humaine, et c'est bien comme ça. Quand on paresse sur son canapé, on n'émet pas de carbone, on ne consomme pas, on est bien. » — Sandrine Rousseau
« Ce qui est punitif, c'est ce qui arrive. Si vous avez 50 degrés dans votre appartement et que vous n'arrivez plus à y vivre, si vous ne pouvez plus assurer votre maison, si vous avez des inondations un an sur deux — ça, c'est très punitif. » — Sandrine Rousseau
Le débat : la députée renvoie la « punition » aux effets du dérèglement climatique lui-même et pointe le manque d'alternatives (transports) dans les zones rurales. Ses contradicteurs estiment que certaines mesures écologiques pèsent d'abord sur les plus modestes, faute d'accompagnement.

Sa première mesure : taxer les plus fortunés

Interrogée sur la mesure qu'elle prendrait en priorité, Sandrine Rousseau cite la taxation des plus riches. Le débat renvoie notamment à la « taxe Zucman », inspirée des travaux que l'économiste Gabriel Zucman a présentés en 2024 à la présidence brésilienne du G20. La version débattue en France proposait un impôt plancher de 2 % sur les patrimoines supérieurs à 100 millions d'euros (environ 1 800 foyers), pour un rendement que ses promoteurs estiment autour de 20 milliards d'euros par an. L'amendement a été rejeté par l'Assemblée nationale le 31 octobre 2025 (172 voix pour, 228 contre).

« On diminue son niveau de consommation : on répare avant de racheter, on ne recourt pas à la fast fashion, on prend moins l'avion, on limite la voiture. Et puis surtout, on taxe les riches. Moi, présidente de la République, c'est la première mesure que je prends. » — Sandrine Rousseau
Le débat : ses partisans y voient une mesure de justice fiscale au rendement élevé. Ses opposants avancent des risques d'exil fiscal, des difficultés d'évaluation des patrimoines et de possibles effets sur l'investissement.

Voir l'entretien sur la chaîne YouTube :

▶ Entretien intégral (26 mars) L'essentiel en 6 min (5 mai)

Sources

· Semaine de quatre jours — résultats de l'essai britannique 2022 : The Autonomy Institute / 4 Day Week Global ; synthèse de l'Université de Cambridge.
· Durée légale du travail en France : 35 heures hebdomadaires — Code du travail, article L. 3121-27.
· « Le Droit à la paresse », Paul Lafargue, 1880.
· Taxe Zucman — origine : rapport de Gabriel Zucman pour la présidence brésilienne du G20 (2024) et EU Tax Observatory.
· Rejet à l'Assemblée nationale (31 octobre 2025, 172 voix pour / 228 contre) : LCP – Assemblée nationale.

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