Ils l'ont dit chez Nopopol · verbatim croisés

Réparer la démocratie : constituante, septennat unique, vote obligatoire ? Cinq invités, cinq remèdes

Par Thierry Coiffier · · 7 min de lecture

Le constat traverse tous nos entretiens : la confiance des Français dans la politique est au plus bas — à peine un quart d'entre eux déclarent avoir confiance dans la politique, selon le baromètre du CEVIPOF (février 2025). Mais d'un invité à l'autre, le remède change du tout au tout : réécrire la Constitution, instaurer un mandat présidentiel unique, décentraliser massivement, rendre le vote obligatoire, ou simplement tenir parole. Cinq réponses recueillies chez Nopopol. Verbatim croisés, en contexte — sans prendre parti.

Une assemblée constituante — Hugo Mazouz

Le militant insoumis reprend la proposition phare de son mouvement : convoquer des citoyens pour écrire une 6e République, complétée par le référendum d'initiative citoyenne et le vote électronique contre l'abstention des jeunes.

« Il faut faire appel à une constituante, donc appeler des citoyens pour rédiger une nouvelle constitution qui répond aux enjeux du monde moderne. » — Hugo Mazouz · relire son entretien

Le « septennat unique » — Clément Tonon

Le conseiller d'Édouard Philippe ne veut pas changer de République mais de temporalité : un mandat présidentiel de sept ans, non renouvelable, pour replacer le président au-dessus des partis — et déplacer le pouvoir quotidien vers Matignon et le Parlement.

« Si le lendemain de son élection le président ne peut pas se représenter, il devient l'homme du passé, il n'a plus d'avenir politique, et donc il est placé par définition au-dessus des partis. [...] Le centre de gravité du pouvoir va se déplacer à Matignon, au Parlement. » — Clément Tonon · relire son entretien

La fin de la « monarchie présidentielle » — Paul Molac

Le député du Morbihan (LIOT) fait le même diagnostic institutionnel, mais sa réponse passe par les territoires : autonomies régionales, voire fédéralisme, pour rapprocher la décision des citoyens.

« Le président peut dissoudre l'Assemblée ; l'Assemblée ne peut pas dissoudre le président. À un moment donné, je crois que la Ve République arrive à son terme. » — Paul Molac · relire son entretien
« Ce qui serait le mieux pour la France aujourd'hui, c'est de passer aux autonomies régionales, voire au fédéralisme. La centralisation, c'est une anomalie en Europe. » — Paul Molac

Vote obligatoire, vote blanc décisif — Amélia Lakrafi

La députée des Français de l'étranger s'attaque, elle, au geste électoral lui-même : obliger chacun à voter, donner un vrai poids au vote blanc — jusqu'à rejouer l'élection si les bulletins blancs sont majoritaires.

« Moi, je rendrais le vote obligatoire — sinon vous payez une amende, symbolique évidemment. Si personne ne vous intéresse, vous votez blanc. Et s'il y a une majorité de votes blancs, on rejoue l'élection. » — Amélia Lakrafi · relire son entretien

Reconstruire par le quotidien — Marie-Pierre Vedrenne

La ministre déléguée à la citoyenneté se méfie des grands soirs institutionnels : pour elle, la confiance se répare d'abord par la pratique — terrain, écoute, vérité.

« La confiance, c'est parfois difficile à construire, mais ça se brise aussi très facilement. C'est un travail du quotidien : la présence sur le terrain, écouter la réalité, tenir un discours de vérité. » — Marie-Pierre Vedrenne · relire son entretien

Ce qui les sépare — et ce qui les rassemble

Trois familles de remèdes se dessinent. Les réformateurs des institutions (Mazouz, Tonon, Molac) veulent changer les règles du jeu — par la rupture constituante, l'aménagement du calendrier présidentiel ou la redistribution territoriale du pouvoir. Lakrafi mise sur la réforme du geste électoral. Vedrenne, enfin, déplace le sujet hors du droit : la défiance se guérirait par les comportements, pas par les textes. À noter que ce chantier recoupe l'idée maîtresse de Lakrafi dans son entretien — « dire ce qu'on fait et faire ce qu'on dit » — signe que, du centre à la gauche radicale, le diagnostic de la promesse non tenue fait consensus.

Le débat de fond : les politistes divergent sur la cause première de la défiance — dysfonctionnement institutionnel (que des réformes de structure pourraient corriger) ou crise de représentation plus profonde (que des textes ne suffiraient pas à résoudre). Le précédent du quinquennat, adopté par référendum en 2000 pour « moderniser » la vie politique, nourrit les deux camps : ses partisans y voyaient un progrès démocratique, ses critiques — dont plusieurs de nos invités — y lisent aujourd'hui l'origine de l'hyperprésidentialisation qu'ils dénoncent.

Toutes les interviews sont sur la chaîne YouTube :

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Sources

· Confiance dans la politique : Baromètre de la confiance politique du CEVIPOF, vague 16 (février 2025).
· Instauration du quinquennat : Loi constitutionnelle n° 2000-964 du 2 octobre 2000 — Légifrance ; Conseil constitutionnel.
· Vote blanc : loi n° 2014-172 du 21 février 2014 (décompte séparé, hors suffrages exprimés) : Légifrance.
· Verbatim des invités : entretiens Nopopol avec Hugo Mazouz, Clément Tonon, Paul Molac, Amélia Lakrafi et Marie-Pierre Vedrenne — citations issues des interviews publiées sur la chaîne YouTube Nopopol.

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