Nopopol a reçu Paul Molac, député du Morbihan et membre du groupe LIOT (Libertés, indépendants, outre-mer et territoires), figure de l'autonomisme breton et auteur de la loi sur les langues régionales. Décentralisation, institutions, déserts médicaux : ses propositions, citations à l'appui, remises en contexte et confrontées au débat — sans prendre parti.
La décentralisation : « une anomalie en Europe »
Le fil conducteur de Paul Molac est l'autonomie des territoires. Il rappelle qu'en Europe, la plupart des grands pays voisins fonctionnent sur un modèle décentralisé ou fédéral : communautés autonomes en Espagne, Länder en Allemagne, régions en Italie, dévolution au Royaume-Uni, cantons en Suisse, fédéralisme belge. La France centralisée ferait, selon lui, figure d'exception.
Des élus locaux « sous tutelle »
Pour Paul Molac, les collectivités ont perdu l'essentiel de leur autonomie depuis les lois de décentralisation des années 1980 : disparition progressive de l'autonomie fiscale (suppression de la taxe d'habitation, de la taxe professionnelle, baisse de la CVAE) et encadrement réglementaire croissant. Il cite l'ordre de grandeur d'environ 40 lois, 1 500 décrets et 8 000 arrêtés ou circulaires produits chaque année, et l'exemple du « zéro artificialisation nette » (loi Climat et résilience de 2021) finalement renvoyé aux régions.
La Ve République « arrive à son terme »
Dans un contexte d'Assemblée sans majorité depuis 2024 et de dissolutions, Paul Molac plaide pour une révision constitutionnelle renforçant le Parlement. Il critique une « monarchie présidentielle ».
Les déserts médicaux, symptôme de la centralisation
Le sujet est devenu un marqueur des fractures territoriales : en 2025, environ 6,7 millions de Français n'avaient pas de médecin traitant, et près de neuf Français sur dix déclarent vivre dans un désert médical ou y être confrontés (Assurance Maladie / DREES, sondage Odoxa-Mutualité). Paul Molac y voit la preuve d'une administration déconnectée du terrain.
Langues régionales : la loi Molac et sa censure
Auteur de la loi relative à la protection et à la promotion des langues régionales, adoptée par l'Assemblée nationale le 8 avril 2021, Paul Molac a vu le Conseil constitutionnel en censurer deux dispositions le 21 mai 2021 : l'enseignement immersif et l'usage de signes diacritiques (comme le tilde) dans l'état civil, au nom de l'article 2 de la Constitution (« la langue de la République est le français »).
L'entretien a aussi abordé la fiscalité (Paul Molac estime que « voter toutes les dépenses et aucune recette n'est pas honnête » et juge la piste d'une taxe sur les plus hauts patrimoines digne d'examen), l'agriculture et les pesticides — son sujet « sur lequel il ne se prononce pas », tiraillé entre santé publique et souveraineté alimentaire (le marché bio ne pèse que ~15 % alors que l'opposition aux pesticides est massive) — ainsi que sa critique de la réforme des régions de 2015. À retrouver dans la vidéo intégrale.
Voir l'entretien sur la chaîne YouTube :
▶ Voir l'interview de Paul MolacSources
· Loi sur les langues régionales (adoptée le 8 avril 2021) et censure de l'enseignement immersif et des signes diacritiques (décision n° 2021-818 DC du 21 mai 2021) : LCP – Assemblée nationale.
· Déserts médicaux (≈ 6,7 millions de Français sans médecin traitant en 2025) : Gouvernement / Assurance Maladie – DREES.
· Dette publique (115,6 % du PIB, ≈ 3 460 Md€ fin 2025) : INSEE.
· « Zéro artificialisation nette » : loi Climat et résilience du 22 août 2021.
