Interview · décryptage

Discriminations, héritage, violences sexistes, jeunesse : Hugo Mazouz au crible

Par Thierry Coiffier · · 8 min de lecture

Nopopol a reçu Hugo Mazouz, 22 ans, membre des jeunes insoumis de Perpignan, clerc de notaire de formation et voix montante sur les réseaux sociaux. Discriminations à l'embauche, refonte des institutions, justice fiscale et héritage, violences sexistes et sexuelles, mal-être de la jeunesse : tour d'horizon de ses idées, citations à l'appui, remises en contexte et confrontées au débat — sans prendre parti.

« J'ai dû changer de nom pour trouver du travail »

Fils d'une coiffeuse et d'un agent municipal, Hugo Mazouz raconte avoir candidaté auprès des offices notariaux de son département pour une alternance : avec le nom de son père, il dit n'avoir reçu que sept réponses, toutes négatives ; avec le nom de sa mère, Colomb, une trentaine de réponses, dont plusieurs positives. Un récit personnel, que Nopopol ne peut vérifier pièce par pièce, mais qu'il assume publiquement depuis des mois dans ses vidéos.

« Je me suis retrouvé à la mairie de ma petite ville pour changer de nom. Et pendant que je demandais à changer de nom parce que je ne trouvais pas de travail, je lisais sur le mur : liberté, égalité, fraternité. J'étais en train de me rendre compte à ce moment-là que tout ce roman républicain, il n'était pas valable pour moi et pour les gens comme moi. » — Hugo Mazouz

Son expérience rejoint un constat documenté : dans son rapport sur les discriminations fondées sur la religion (décembre 2025), la Défenseure des droits relève que 34 % des personnes musulmanes ou perçues comme telles déclarent avoir subi une discrimination liée à la religion au cours des cinq dernières années, contre 27 % en 2016 — soit les « sept points » de hausse cités par l'invité en plateau.

Institutions : « appeler des citoyens pour rédiger une nouvelle constitution »

Face au blocage politique actuel, il reprend une proposition portée par La France insoumise : convoquer une assemblée constituante pour passer à une 6e République, au motif que la Constitution de 1958 répondait à la crise de son époque, pas à celles d'aujourd'hui. Il y ajoute des outils de participation : référendum d'initiative citoyenne et vote électronique pour lutter contre l'abstention, notamment chez les jeunes.

« Il faut faire appel à une constituante, donc appeler des citoyens pour rédiger une nouvelle constitution qui répond aux enjeux du monde moderne. » — Hugo Mazouz
Le débat : les partisans d'une constituante y voient le moyen de réconcilier citoyens et institutions ; ses opposants rappellent qu'une révision de la Constitution est déjà possible par l'article 89, et que rien ne garantit qu'une nouvelle République résoudrait l'instabilité issue d'une assemblée sans majorité. Sur le vote électronique, la sécurité et la sincérité du scrutin restent les principaux points de vigilance soulevés par les experts.

Voile des mineures : « stigmatiser toujours plus »

Interrogé sur la proposition de loi de Laurent Wauquiez visant à interdire le voilement des mineures dans l'espace public — rejetée en commission des lois le 14 janvier 2026 — le militant conteste sa constitutionnalité et y voit un instrument de stigmatisation des musulmans.

« Je me suis dit : quel est le but de faire ça, si ce n'est pas constitutionnel ? (…) C'est juste alimenter un sujet, celui de l'islam, celui du voile, pour toujours plus stigmatiser les personnes musulmanes qui sont dans notre pays. » — Hugo Mazouz

Il évoque aussi la conférence sur l'islamophobie coorganisée en juin 2025 à Perpignan par les jeunes insoumis et Étudiants musulmans de France : le maire (RN) Louis Aliot avait pris un arrêté pour l'interdire, mais la préfecture n'a pas suivi la municipalité et la réunion s'est tenue. La polémique portait notamment sur l'affiche, où une intervenante, Cherine, était représentée par un dessin — un choix de discrétion qu'elle avait elle-même demandé, selon l'invité.

Le débat : les défenseurs du texte Wauquiez invoquent la protection des mineures contre le port contraint d'un vêtement religieux ; ses opposants — dont l'ensemble des groupes de gauche — jugent la mesure discriminatoire et vraisemblablement contraire à la Constitution, la loi ne pouvant viser une religion en particulier. Le terme même d'« islamophobie » fait par ailleurs débat : certains lui préfèrent « haine antimusulmane », pour distinguer la critique d'une religion de l'hostilité envers ses fidèles.

Justice fiscale : « le nerf des inégalités, c'est l'héritage »

Favorable à la taxe Zucman — plébiscitée par 86 % des Français selon un sondage Ifop de septembre 2025 — l'ancien clerc de notaire veut surtout s'attaquer aux très grosses successions, tout en allégeant selon lui la taxation des petits patrimoines des classes moyennes.

« Aujourd'hui, 80 % des milliardaires le sont par héritage. (…) Moi, je veux bien croire à la méritocratie. (…) Mais il faut qu'on soit dans un système qui permette cette méritocratie, et aujourd'hui on n'y est pas du tout. » — Hugo Mazouz

Sur le fond, plusieurs chiffres qu'il avance sont corroborés par la statistique publique : selon l'INSEE, les ménages possédant au moins cinq logements — 3,5 % des ménages — détiennent bien la moitié des logements en location appartenant à des particuliers. Et selon la note « Repenser l'héritage » du Conseil d'analyse économique (décembre 2021), le patrimoine hérité représente désormais environ 60 % du patrimoine total des Français, contre 35 % au début des années 1970. Le chiffre de « 80 % des milliardaires héritiers », en revanche, fait l'objet de décomptes divergents selon les méthodologies ; il est à manier avec prudence.

Le débat : les partisans d'une taxation accrue de l'héritage y voient le levier le plus efficace contre la reproduction des inégalités ; ses opposants font valoir que la France applique déjà l'une des fiscalités successorales les plus lourdes de l'OCDE et que la transmission d'un patrimoine constitué par le travail relève d'une liberté légitime. Sur la dette, l'invité assume une position discutée — « un pays ne remboursera jamais sa dette » — que contestent les économistes attachés à la soutenabilité des finances publiques, la charge d'intérêts pesant chaque année davantage sur le budget de l'État.

Violences sexistes et sexuelles : un haut-commissariat dédié

C'est le sujet qu'il choisit pour son « monopole du cœur », en tant qu'ancienne victime, dit-il. Constat : des plaintes qui n'aboutissent pas, des victimes mal accueillies. Sa proposition phare : créer une instance spécialisée, avec des personnels formés.

« La sensibilisation ne fonctionne pas. Il faut former. Il faut former les policiers qui sont les premiers à récolter les plaintes. (…) Il faut créer un haut-commissariat dédié aux violences sexistes et sexuelles, qui ne traiterait que de ce sujet, avec des personnes formées et compétentes. » — Hugo Mazouz

Les ordres de grandeur qu'il cite sont proches des données officielles : en 2024, les services de sécurité ont enregistré 272 400 victimes de violences commises par leur partenaire ou ex-partenaire, dont 86 % de femmes (ministère de l'Intérieur, SSMSI). Quant aux violences commises par des membres des forces de l'ordre, l'enquête #MeTooPolice du média d'investigation Disclose (2025), menée avec France 2, a recensé 429 victimes de violences sexuelles imputées à 215 agents entre 2012 et 2025 — dont 57 femmes agressées par les agents mêmes chargés de recueillir leur plainte, un chiffre plus précis que les « 400 femmes » évoquées en plateau.

La violence dans le débat public : une « vérité inconfortable » qui fera réagir

Invité à livrer une vérité que les élus tairaient, il choisit un terrain sensible : les violences venues de la population, qu'il présente comme une réponse à des « violences invisibles » — précarité, discriminations — en s'appuyant sur Frantz Fanon et sur une résolution de l'ONU (la résolution 37/43 de 1982, qui réaffirme la légitimité de la lutte des peuples sous domination coloniale ou occupation étrangère « par tous les moyens disponibles »).

« Je ne dis pas qu'il faut utiliser la violence comme moyen d'action. Je dis simplement qu'il faut comprendre d'où elle vient. » — Hugo Mazouz
Le débat : cette lecture, assumée par une partie de la gauche radicale, est vivement contestée : pour ses détracteurs, expliquer la violence revient à l'excuser, et la condamnation sans réserve des violences est la condition du débat démocratique. Les juristes rappellent par ailleurs que la résolution 37/43 vise des situations de domination coloniale ou d'occupation étrangère — son application à d'autres contextes relève de l'interprétation politique, non du droit établi. Chacun jugera.

Jeunesse : solitude, précarité et « revenu d'allocation jeunesse »

Sur le mal-être étudiant — 62 % des 18-24 ans déclarent se sentir régulièrement seuls selon une étude Ifop de janvier 2024 — celui qui fut étudiant à Montpellier pendant le Covid plaide pour que les universités organisent elles-mêmes du lien social, et pour une éducation à l'usage des réseaux sociaux dès l'école. Contre la précarité — 62 % des étudiants disent sauter des repas faute de moyens, selon le baromètre 2025 de la FAGE — il défend un revenu d'allocation d'études au niveau du seuil de pauvreté.

« Ce n'est pas normal que les étudiants, des gens qui sont des acteurs de la vie de demain de notre pays, soient dans la précarité. (…) C'est des cerveaux en moins, c'est des mains en moins pour demain. » — Hugo Mazouz
Le débat : les partisans d'une allocation d'autonomie y voient un investissement dans la réussite étudiante ; ses détracteurs pointent son coût budgétaire et le risque, selon eux, de désinciter au travail étudiant. L'invité répond par avance : entre études et jobs alimentaires, beaucoup de jeunes arrivent « déjà épuisés » dans la vie active.

L'entretien a également abordé l'intelligence artificielle — dont il redoute qu'elle détruise des emplois si ses gains de productivité ne sont pas partagés, plaidant pour une réduction du temps de travail — et la transition écologique, qu'il veut « populaire, anticapitaliste, décroissante », marquée par son expérience de la sécheresse dans les Pyrénées-Orientales. À retrouver dans la vidéo intégrale.

Voir l'entretien sur la chaîne YouTube :

▶ Voir l'interview d'Hugo Mazouz

Sources

· Défenseure des droits, rapport « Les discriminations fondées sur la religion » (décembre 2025) : defenseurdesdroits.fr.
· Proposition de loi visant à interdire le voilement des mineures dans l'espace public (dossier législatif) : assemblee-nationale.fr ; rejet en commission le 14 janvier 2026 : lcp.fr.
· Conférence sur l'islamophobie à Perpignan (juin 2025) : ICI / Radio France ; France 3 Occitanie.
· Sondage Ifop pour le PS sur la taxe Zucman (86 % de Français favorables, septembre 2025) : publicsenat.fr.
· Multipropriétaires (3,5 % des ménages détiennent 50 % des logements en location des particuliers) : INSEE, France portrait social 2021 ; franceinfo (Le vrai du faux).
· Part du patrimoine hérité (≈60 % du patrimoine total) : Conseil d'analyse économique, note n°69 « Repenser l'héritage », décembre 2021.
· Violences conjugales enregistrées en 2024 (272 400 victimes, 86 % de femmes) : ministère de l'Intérieur / SSMSI ; vie-publique.fr.
· Enquête #MeTooPolice (429 victimes, 215 agents, 2012-2025) : Disclose ; franceinfo.
· Solitude des 18-24 ans (62 %, étude Ifop, janvier 2024) : ifop.com.
· Précarité alimentaire étudiante (baromètre FAGE 2025) : baromètre FAGE relayé par Diplomeo.
· Résolution 37/43 de l'Assemblée générale des Nations unies (3 décembre 1982) : undocs.org.

← Tous les articles